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Latouche.jpgEd. Mille et une nuits, 2007, 158 pages

 

Serge Latouche , né à Vannes le 12 janvier 1940, est un économiste français, célèbre penseur de la décroissance économique. (Wikipedia)


Pour un entretien , avec vidéos : http://www.bastamag.net/spip.php?article698


Le livre dont il est question ici est  bien ce "petit traité" qui permet , à tout lecteur inquiet quant à l'avenir, de comprendre ce que sont la décroissance et la sobriété choisie.

 

Extraits libres ou cités

 

I.                Le territoire de la décroissance

Un peu partout, des groupes de décroissance se consitutent, mettant en place des réseaux, inspirant d’autres mouvements comme les AMAP, les écovillages...

La décroissance est un projet pour une autre société, une alternative à la croissance pour la croissance.

Il vaudrait mieux parler de a-croissance, comme on parle d’a-théisme. Attention : ce n’est pas le développement durable ! qui n’est qu’une mystification !

« Le développement est un mot toxique, quel que soit l’adjectif dont on l’affuble.(...) Il serait temps de décoloniser nos imaginaires. » Notre système remonte au XVIIIès et la dette écologique, elle, est récente.

La décroissance prend ses sources dans les années 60, avec, surtout, Henry David Thoreau, Cornélius Castoriadis et Ivan Illitch. Puis on a compris que si la société de croissance n’est plus souhaitable, elle n’est plus soutenable non plus.

Malthus, déjà, évoquait les limites de la croissance  et avant lui encore, Sadi Carnot et sa 2ème loi de thermodynamique. Dans les années 1970, la question de l’écologie s’est posée avec le savant et économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen qui prouve « l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde fini ».

Addiction : dès que la croissance s’arrête, c’est la crise ! Les supports « diaboliques » : la publicité, le crédit et l’obsolescence des produits qui sont « l’arme absolue du consumérisme ».

« 150 millions ordinateurs sont transportés chaque année dans des déchèteries du Tiers-monde (500 bateaux par mois vers le Nigeria !) alors qu’ils contiennent des métaux lourds et toxiques (mercure, nickel, cadmium, arsenic, plomb). Ainsi sommes-nous devenus des « toxicodépendants » de la croissance ». « La croissance, dit le professeur Belpomme, est devenue la cancer de l’humanité. »

Le « bio-productif » revient à 1,8 hectare/personne (limite pour régénérer la terre), mais nous dépassons cette limite. Moyenne : 2,2 ha, en sachant qu’il y a de fortes différences. L’Amérique : 9,6ha, l’Italie : 3,8ha, l’Afrique : 0,2 ha ! « L’humanité consomme déjà près de 30% de plus que la capacité de régénération de la biosphère.

« La solution finale » est une fausse solution malgré l’apparente logique idéologique. Il faut d’abord lutter contre la démesure de notre système.

 « La décroissance passe nécessairement par une refondation du politique. »

 

II.             La décroissance : une utopie concrète

Donc une « reconstruction, au Nord comme au Sud, de sociétés conviviales autonomes et économes ». Comment imaginer le processus de transformation ?

Par huits changements interdépendants, soit les 8 « R » :

 

II.1 REEVALUER

L’idéologie bourgeoise et sa « mégalomanie individualiste » sont à éliminer. Pour plus de vérité, de démocratie, de solidarité... » «Remplacer l’attitude du prédateur par celle du jardinier ».

 

II.2 RECONCEPTUALISER

Pour une autre façon de voir la réalité, de concevoir l’économie, comme par exemple le binôme rareté/abondance.

 

II.3. RESTRUCTURER

Ou comment sortir du capitalisme.

 

II.4. REDISTRIBUER

Avec une « répartition des richesses et de l’accès au patrimoine naturel entre le Nord et le Sud, comme à l’intérieur de chaque société, entre les classes, les générations, les individus. » Ce qui incitera à moins consommer et donc à moins prélever.

 

II.5. RELOCALISER

Produire localement le plus possible pour arriver à une autonomie économique, politique, énergétique et une autosuffisance alimentaire.

 

II.6. REDUIRE

« 80% des biens mis sur le marché ne sont utilisés qu’une seule fois. » Et « les pays riches produisent 4 milliards de tonnes de déchets/an. »

Il faudra aussi diminuer le tourisme de masse, « l’ennemi environnemental public mondial n°1. » « Il nous faut réapprendre la sagesse des âges passés : goûter la lenteur, apprécier notre territoire. »

Il faut réduire le temps de travail et apprendre à s’en désintoxiquer.

 

II.7. REUTILISER/RECYCLER

Il y a plein d’idées, il manque la volonté politique !

 

*Le plus important : Projet local

Il faut « penser globalement, agir localement », inventer une « écomunicipalité » selon Murray Boockchin car plus le territoire s’étend plus se diluent les capacités politiques des citoyens. Créer des réseaux de municipalités bien ancrées dans leur territoire. Voir par exemple le mouvement « villes lentes » conjoint à « Slow Food ». La décroissance, c’est « un retissage organique du local » pour plus de convivialité avec  des écoles et des entreprises villageoises. Commerce avec d’autres régions mais loin du productivisme.

Invention, enfin d’une monnaie locale, du moins une monnaie « biorégionale ».

D’ici là, multiplions les initiatives locales décroissantes : plans de lutte dans les collectivités, contre le gaspi, favoriser les entreprises locales, bio dans les cantines, refus des pesticides, choix du compostage, transports en commun. Et, cerise sur le gâteau, que le citoyen soit actif en participant à la vie municipale (Conseil Municipal, association citoyenne...)

Il ne s’agit pas de revenir en arrière, il s’agit de vivre mieux, dans une certaine sobriété. « Réduire, c’est aussi ralentir et donc résister à l’empire de la vitesse. » L’on peut arriver à « une planète » comme empreinte écologique, moyennant une réduction de la consommation inférieure à 50%

 

*Défi de la décroissance pour le Sud

« La décroissance concerne les sociétés du Sud dans la mesure où elles sont engagées dans la construction d’économies de croissance afin de leur éviter de s’engager dans l’impasse à laquelle cette aventure les condamne. » Pour cela, il faut que le Nord décroisse ! et qu’il arrête de piller le Sud.

Pour le Sud, c’est une manière de se réapproprier une identité culturelle, retrouver des produits et des savoirs oubliés, des valeurs antiéconomiques.

« C’est l’impérialisme de la colonisation, du développement et de la mondialisation qui a détruit cette autosuffisance et qui aggrave chaque jour un peu plus la dépendance. »

« La sollicitude du Blanc qui s’inquiète de la décroissance au Sud dans le louable dessein de lui venir en aide est supecte. »

Si nous sommes exemplaires, nous convaincrons plus facilement les Africains, les Chinois, les Brésiliens, les Indiens de « changer de direction tout en leur donnant les moyens et par là, de sauver l’humanité d’un destin funeste. »

 

*La décroissance est-elle réformiste ou révolutionnaire ?

«Il s’agit bien d’une révolution » et sans guerre ni effusion de sang : transformer les institutions existantes

 

III.           La décroissance : un programme politique

 

*Un programme électoral

1. « retrouver une empreinte écologique égale ou inférieure à une planète », en réduisant transports, energie, emballages, publicité.

2. «Intégrer dans les coûts de transport, par des écotaxes appropriées, les nuisances engendrées par cette activité. »

3. « Relocaliser les activités, en limitant les déplacements des hommes et des marchandises. »

4. « Restaurer l’agriculture paysanne et supprimer l’usage des pescticides. »

5. « Transformer les gains de productivité en réduction du temps  de travail et en création d’emplois. Il s’agit de renverser les priorités : partager le travail et accroître les loisirs. »

6. « Impulser la production de biens relationnels. »

7. « Réduire le gaspillage d’énergie d’un facteur 4. »

8. « Pénaliser fortement les dépenses de publicité » pour déconditionner...

9. « Décréter un moratoire sur l’innovation technoscientifique. Il s’agira de développer, par exemple, la « chimie verte » plutôt que les molécules toxiques. » Il faut arrêter de vouloir produire pour produire.

 

« On peut concevoir plusieurs scénarios de transition en douceur. L’important est le changement radical de cap. »

 

*Du travail pour tous dans une société de décroissance

« Une réduction féroce du temps de travail imposé est une condition nécessaire pour sortir d’un modèle travailliste de croissance, mais aussi pour assurer à tous un emploi satisfaisant afin de réaliser (pour le France) la nécessaire réduction des 2/3 de notre consommation des ressources naturelles. »

Avec 15% d’agriculteurs bio, on pourrait créer jusqu’à 150000 emplois, sans générer plus de travail. Et si on produisait 20% d’énergie renouvelable, ce serait 240000 emplois. Idem pour le solaire et tout ce qui est réduction, recyclage, réutilisation.

« Le passage peut se faire sans douleur, il importe surtout de ne pas transiger sur les objectifs. En changeant la vie, on résoudra le problème du chômage, tandis, que, en se focalisant sur le problème de l’emploi pour lui-même, on risque de ne jamais changer de société et d’aller droit dans le mur. »

 

*Sortir de la société travailliste par la décroissance

Réduction du temps de travail et changement de son contenu pour un nouveau choix de société.

« Certains ont déjà individuellement réussi  cette sortie de la société travailliste », pour travailler moins et retrouver le goût des loisirs. Il faut « s’autolimiter ».

Il faudra « préciser le contenu de ce temps libéré » car « sans un « réenchantement » de la vie, la décroissance serait vouée à l’échec.(...) Aussi longtemps que le travail salarié n’aura pas été transformé, les classes laborieuses n’auront pas « l’aptitude au loisir », c-à-d « les moyens objectifs et subjectifs d’occuper le temps libéré par des activités autonomes ».(...) C’est à une reconquête du temps personnel que nous sommes confrontés. Il faut, selon André Gorz, « une politique du temps » (...) qui refond les services sociaux et les équipements collectifs de manière à faire une plus grande place aux activités autogérées, d’aide mutuelle, de coopération et d’autoproduction volontaires. » Parce, toujours selon lui, on finit par anéantir notre capacité à nous prendre en charge nous-mêmes, à force de tout monétariser (ex : les services à la personne !)

« Cette reconquête du temps libre est une condition nécessaire à la décolonisation de l’imaginaire. »

 

*La décroissance est-elle soluble dans le capitalisme ?

« On nous reproche de jeter, en même temps que l’eau sale du capitalisme et du libéralisme, le bébé du développement, de la croissance et de l’économie. (...) La décroissance ne peut être qu’une décroissance de l’accumulation, du capitalisme, de l’exploitation et de la prédation. (...) Ce n’est ni un impossible retour en arrière ni un accommodement avec le capiltalisme. C’est un « dépassement » de la modernité.(...) La décroissance est focément contre le capitalisme.(...) La décroissance peut être considérée comme un « éco-socialisme. »

 

*Faut-il un parti de la décroissance?

Il est plus important « de peser dans le débat, d’infléchir des positions des uns et des autres, ... de faire évoluer les mentalités.»

 

IV.          Conclusion : La décroissance est-elle un humanisme ?

 

On parle « d’antispécistes » quand on évoque les « décroissants » ! Puis on leur reproche d’être « rétrogrades, obscurantistes, réactionnaires ».

On a toujours pensé, en évoquant l’Humanisme, que l’Homme est au centre de l’univers, qu’il « possèderait des droits (naturels) sur les autres espèces et sur la nature. »

« A la différence des autres religions, comme le bouddhisme, la tradition chrétienne n’a pas favorisé en Occident une relation harmonieuse entre l’homme et son environnement vivant et non vivant.(...) La réalisation d’une société de la décroissance, passe nécessairement par un réenchantement du monde. (...) La surabondance détruit notre capacité d’émerveillement. »

« L’artiste rappelle à l’individu moderne que, quoi qu’il fasse, il est condamné à une forme quelconque d’animisme s’il veut que les choses aient un sens. »


Janvier 2010

 

 

 

 

 

 


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